Ces trois séries de faits pourraient s'expliquer séparément,
par l'aveuglement idéologique, l'incompétence, ou la capture par
des intérêts privés. Mais leur convergence depuis 1984, avec des
bénéficiaires constants et des perdants constants, appelle une
hypothèse plus englobante. Ce système résulte-t-il d'une intention
coordonnée, ou d'une convergence d'intérêts progressivement
institutionnalisée ? La question est difficile à trancher, et
difficile à entendre pour une partie de la population. Mais les
effets, les bénéficiaires, et la capacité du système à
neutraliser toute résistance interne sont, eux, observables et
documentés. C'est ce que le concept de pathocratie permet de nommer.
Le contrôle
social à la chinoise représente la forme la plus
aboutie et la plus explicite de pathocratie appliquée à la
gouvernance des populations. En Occident, des équivalents existent :
surveillance numérique, gestion par la peur. Ils produisent des
effets comparables, sous des formes moins visibles, ce qui les rend
plus difficiles à identifier et à contester.
Une hypothèse psychologique
Il existe une
hypothèse supplémentaire, d'ordre psychologique et collectif : une
correspondance entre l'aveuglement cognitif d'une population et sa
traduction politique.
L'esprit reste prisonnier tant qu'il ne reconnaît pas son ombre
(vision jungienne), ou tant qu'il reste dans l'ignorance (vision
bouddhiste). C'est cette prison cognitive qui génère la souffrance,
à l'échelle individuelle.
L'Europe s'est construite dans l'opacité. Sa dimension est restée
purement économique et matérialiste, portée par des règles
technocratiques. Elle n'a pas défini de but en termes de valeurs
humaines. Elle a maintenu une façade démocratique, une perte de
sens, et une dérive géopolitique. C'est une construction vide de
sens, qui occulte la dimension humaine. Elle manque de lucidité
historique face à son propre passé : orgueil de l'hégémonie
passée, sentiment de supériorité morale, peur du déclin. Elle
reste incapable de se remettre en question : vices de
construction, façade démocratique, dérive vers le contrôle
social,
ignorance
de l'interdépendance dans les relations internationales. Son
ombre agit donc en sous-main. Elle se projette à l'extérieur, à
travers la construction d'un ennemi : la Russie. Le résultat est une
prison génératrice de souffrances collectives : dégradation
des conditions de vie des populations européennes, dérive vers la
guerre.
Cette prison
produit de vraies crises. Et en même temps, cette
Europe déviante n'est rien d'autre que la projection géante de
notre propre prison intérieure, individuelle, sur la carte
européenne. Un projet européen a besoin d'un but vertueux, qui
dépasse la simple logique comptable. Il a besoin de lucidité
historique pour affronter son passé et intégrer son ombre. Il a
besoin de coopération, d'une sécurité globale (accords d'Helsinki,
Charte de Paris, accords d'Istanbul), d'une démocratie vivante, et
d'une humanisation de nos sociétés par la valorisation d'une
écologie de
l'esprit.
Une société qui
refuse de voir, par peur, par déni, par confort, crée les
conditions favorables à l'émergence d'un système qui organise et
perpétue cet aveuglement.
Pas d'aveuglement collectif, pas de
pathocratie.
C'est en ce sens que la transformation politique est
inséparable d'une transformation intérieure, individuelle et
collective. Le monde extérieur reflète l'état
intérieur collectif. Une
transformation durable doit donc agir sur les deux niveaux à la
fois.
Changer : c'est le travail intérieur,
l'individuation jungienne, la transformation de soi : sortir de ses
propres aveuglements cognitifs et émotionnels.
Humaniser: c'est la traduction collective et politique
de cette transformation, une Europe qui incarne des valeurs
humaines plutôt qu'un système
pathocratique.
Il
s'agit donc de contribuer à l'émergence d'une minorité
consciente, suffisamment lucide pour préparer une transformation
plus large, quand la crise la rendra inévitable.
Une bascule possible vers le totalitarisme
Imaginons qu'une guerre se déclenche contre la Russie, et que les
élections soient suspendues. Si les conditions suivantes se
réunissaient :
- suppression des contre-pouvoirs au nom de
l'urgence
- censure du débat
politique
- criminalisation des
opposants à la guerre ou au régime, considérés comme des traîtres ou
des agents de la Russie
alors nous basculerions dans un système totalitaire. Cette
bascule se ferait de façon insidieuse, par étapes graduelles. On
peut déjà observer une gradation de ce type : l'ostracisme envers
les opposants à l'obligation vaccinale liée aux injections à ARNm,
non testées sur le long terme, lors de la crise de la Covid 19. À
l'échelle du phénomène, on part d'une simple envie d'écarter ou
d'ostraciser les opposants à ces nouvelles injections géniques. On
pourrait finir par criminaliser les opposants à la guerre et les
emprisonner, la violence d'État s'exerçant alors ouvertement contre
la population civile dissidente. L'histoire montre que cette bascule
se construit étape par étape, jusqu'au point où le retour en
arrière devient difficile.