LE BIEN CONTRE LE MAL

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L'ancien monde, le monde qui se meurt au terme de la seconde mutation, tout en refusant d'accompagner la troisième mutation, est fondé sur les antagonismes, les constructions d'opposés, et en particulier le « bien » contre le « mal », ou « les bons » contre « les méchants ». C'est une logique ancienne :

- être pour Maastricht ou être anti-européen : à l'époque, celui qui votait non à Maastricht était affublé du titre d'anti-européen ;

- l'axe du « bien » contre « l'axe du mal » : cette formule du président Bush n'était que pure manipulation, l'affirmation de l'existence d'armes de destruction massive ayant ainsi justifié, à tort, la seconde guerre du Golfe ;

- monde occidental centré sur le consumérisme et le matérialisme contre théocratie (ou islamisme radical), ou encore les États-Unis (le « bien ») contre la Russie (le « mal ») ;

- le dogme de l'hyperlibéralisme a longtemps présenté le marché comme le « bien » et toute régulation étatique comme un « mal ». Or, l'enchaînement des crises financières, écologiques et sanitaires a démontré les limites de ce modèle. L'incapacité du marché à gérer seul les chocs majeurs a rappelé la nécessité d'une puissance publique protectrice et régulatrice ;

- extrême-centre contre l'extrême-droite et l'extrême-gauche : l'extrême-centre (avec la pensée unique, le libre-échange et la globalisation économique) contre les souverainistes et les nationalistes ;

- pensée unique contre complotistes : toutes les pensées divergentes sont qualifiées de complotistes car non conformes à la doctrine officielle (en son temps, Galilée aurait pu être qualifié de complotiste) ;

- doxa médicale contre antivax (alors qu'il existe de bons médicaments, de bons vaccins, mais aussi des médicaments et des vaccins peu efficaces, voire même toxiques) : ainsi, étiqueter, stigmatiser et diaboliser un contradicteur a pour conséquence de quitter le terrain de la démarche scientifique et de rejeter le débat contradictoire. Ceux qui ne suivent pas la pensée médicale unique sont stigmatisés et dénigrés.

Cet ancien monde fondé sur les antagonismes et le manichéisme est alimenté par la puissance des médias, qui sont en très grande majorité sous la coupe d'intérêts privés.

Se définir comme le « camp du bien », ou « l'axe du bien », permet d'occulter tout débat, voire même de commettre des exactions à l'encontre de ceux qui sont désignés comme « l'axe du mal », et ce au mépris du débat scientifique (comme pour la crise de la Covid-19) ou du droit international (comme pour la guerre de l'OTAN en Serbie ou en Irak).

La déformation de la réalité peut même s'opérer au grand jour : « Une conspiration en plein jour -- forme nouvelle et curieuse du groupement d'action, propre à l'époque démocratique, à l'époque de la civilisation de masses -- n'est pas entourée de menace et n'a donc pas besoin de se dissimuler ; bien au contraire, étant obligée d'agir sur les masses, de gagner les masses, d'englober et d'organiser les masses, elle a besoin de paraître à la lumière, et même de concentrer cette lumière sur elle-même et surtout sur ses chefs » (A. Koyré, Réflexions sur le mensonge).

Accompagner la troisième mutation nécessite de dépasser les antagonismes, de sortir du conflit des opposés, de sortir de la dialectique « bien / mal » pour entrer dans le polycentrisme et la conjonction des opposés (comme par exemple la recherche d'un équilibre entre libre-échange et protectionnisme en fonction de différents paramètres).


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