Note de lecture : Ce document vient en complément de la page psycho-socio-politique. Il ne prétend pas à la faisabilité politique de ce qu'il décrit. La Communauté européenne polycentrique, arbitrée par cette Cour, n'est pas ici un plan d'action, mais une référence saine, au sens où un clinicien a besoin de savoir ce qu'est un système sain pour nommer et comprendre une pathologie. C'est le pendant de la page consacrée à la pathocratie : l'une décrit la maladie géopolitique dans laquelle l'Europe s'est enfoncée, l'autre décrit ce à quoi une architecture de sécurité saine pourrait ressembler.
La Communauté européenne polycentrique est potentiellement
ouverte aux pays de l'aire européenne, définie par une intrication
des 4 systèmes familiaux exogames.
Les deux grands pays voisins, la Russie (culturellement proche de
l'Europe, structurée sur la famille communautaire exogame) et la
Turquie
(structurée sur la famille communautaire endogame) ne font pas partie
du coeur institutionnel, mais sont associées via un
espace de
sécurité élargi (voir plus bas).
A priori, l'Arménie et la Géorgie n'ont pas vocation
à entrer dans la Communauté, sauf avis contraire des peuples
exprimé par référendum. Le dialogue trilatéral
Arménie-Géorgie-Azerbaïdjan, bien qu'encore balbutiant, illustre
le potentiel des trois pays à surmonter leurs divergences, et la
possibilité de construire dans le Caucase une structure similaire à
celle envisagée pour l'Europe.
La Communauté organise le marché intérieur, une monnaie commune,
une protection commerciale (le protectionnisme extérieur commun reste
défini par des critères objectifs, des normes sociales et
environnementales), des financements réservés aux membres.
C'est une structure supranationale polycentrique,
fondée sur :
L'adjectif « polycentrique » reflète à la fois l'identité européenne (mettre en lien les quatre systèmes familiaux décrits par E. Todd) et la perspective d'une intégration dans un monde multipolaire.
| Année / Lieu | Faits | Sanctions |
|---|---|---|
| 1974 -- Chypre | Intervention militaire turque | Embargo américain sur les armes de 1975 à 1978 |
| 1999 -- Serbie |
Guerre de l'OTAN sans mandat de l'ONU, menée par le
Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la
Belgique, l'Espagne, le Portugal, la Norvège, le Danemark, et les États-Unis |
Aucune |
| 2003 -- Irak | Guerre sans mandat de l'ONU, menée par le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie, la Pologne, le Danemark, les Pays-Bas, le Portugal et les États-Unis | Aucune |
| 2022 -- Ukraine | Invasion russe | Sanctions économiques majeures contre la Russie |
| 2026 -- Iran | Frappes militaires conjointes américano-israéliennes du 28 février | Aucune |
Établir la paix sur le
continent européen, respecter le droit international, mettre fin au
double standard, y compris pour les pays qui resteraient
extérieurs à la communauté.
Cela
implique une dissolution de l'OTAN, une armée européenne à
états-majors multinationaux, sur le modèle envisagé pour la CED (mais sans la dépendance à l'OTAN), conçue dans une logique de sécurité et de coopération.
(Tout ceci, ainsi que la suite du document, s'inscrit dans la
perspective hypothétique d'une référence saine comme indiqué
initialement)
Un nombre fixe de juges est réparti non par pays mais par grandes
familles de droit (romano-germanique, common law, scandinave,
post-socialiste). Cette répartition fait
un peu écho aux quatre systèmes familiaux exogames identifiés par
Emmanuel Todd comme fondement de l'identité européenne (le mode de nomination des juges, déjà évoqué dans cette page, n'est pas repris ici).
Concernant le bloc post-socialiste, il
s'est certes largement harmonisé avec le droit romano-germanique,
mais il représente une culture juridique vécue, comme en témoignent
les tensions récurrentes sur l'indépendance judiciaire en Pologne
et en Hongrie. C'est à l'image de l'évolution des
systèmes familiaux depuis la seconde moitié du 20ème siècle avec
une certaine uniformisation des modes de vie. Mais les valeurs
profondes que ces structures ont transmises perdurent sous cette
uniformisation apparente.
Pour éviter que la tradition romano-germanique (démographiquement
dominante) n'écrase les trois autres, sans tomber non plus dans une
égalité stricte arbitraire, une pondération à la racine carrée
de la population de chaque tradition juridique est proposée -- loi
formulée par Lionel Penrose en 1946, reprise en 2004 par Wojciech
S?omczy?ski et Karol ?yczkowski, et portée depuis par une
cinquantaine de mathématiciens dans une lettre ouverte (le même
principe a par ailleurs nourri les débats sur la pondération des
voix au Conseil de l'UE).
Inspiré de la « pluralité ordonnée » de Mireille Delmas-Marty (dialogue des juges, hybridation active, ni unification ni fragmentation) et du précédent réel du dialogue CEDH / cours constitutionnelles nationales (ex. la « marge d'appréciation nationale »).
Tout État européen -- membre de la Communauté ou non, y compris la Russie et la Turquie -- peut solliciter, par traité bilatéral séparé, un accès facultatif à l'arbitrage de la Cour pour les conflits où il est partie, sans siéger dans sa composition ni bénéficier du marché intérieur, de la monnaie commune ou du protectionnisme commun. Cet accès n'est ni gratuit ni permanent :
L'accès facultatif n'est pas une
échappatoire permanente : c'est une trajectoire, dont l'objectif
est de basculer, avec le temps et la confiance accumulée, vers
l'arbitrage pleinement contraignant -- sans jamais exiger au
départ l'engagement complet demandé aux membres pleins de la
Communauté.
Un précédent historique direct
existe, et il concerne la Cour dont s'inspire déjà ce projet :
jusqu'au Protocole n°11 de 1998, la juridiction obligatoire de la
Cour européenne des droits de l'homme et le droit de recours
individuel étaient des déclarations facultatives, que chaque État
du Conseil de l'Europe choisissait ou non de faire. Ce n'est
qu'après des décennies de pratique que le système est devenu
automatiquement contraignant pour l'ensemble des membres.
Pour que cette bascule ne reste pas une
formule vague, deux conditions :
Le levier de la réputation -- un État
qui refuse durablement le facultatif, ou refuse d'y progresser, se
trouve d'emblée connoté dans le rapport annuel
public comme ne souhaitant pas participer à la construction d'un espace
de paix et de sécurité -- ne fonctionne pas de la même manière
selon les pays. Il
suppose que l'appartenance au camp de la paix ait une valeur
symbolique reconnue entre pays
européens. Ce constat justifie une séquence en
deux temps.
Phase 1 : bascule intra-européenne.
Le levier réputationnel et les critères objectifs de conformité
s'appliquent en priorité aux pays européens réticents
(Royaume-Uni, pays baltes, et tout futur pays ayant renoncé initialement à
l'option d'adhésion complète). L'objectif
est d'atteindre un stade où l'écrasante majorité de l'espace
européen fonctionne sous arbitrage contraignant.
Phase 2 : ouverture à la Russie et à
la Turquie. Une fois cette masse critique atteinte, l'arbitrage
facultatif proposé à la Russie et à la Turquie s'appuie sur un
précédent déjà opérant plutôt que sur une promesse abstraite :
la Cour peut alors se présenter comme une institution ayant déjà fait la
preuve d'une contrainte réelle sur ses propres membres fondateurs
-- ce qui change la nature de la demande faite ensuite à Moscou et
Ankara. Cette séquence donne, du reste, une justification concrète
à l'horizon de long terme décrit ci-dessous : il n'est pas
simplement postérieur par prudence diplomatique, il est postérieur
parce qu'il dépend structurellement de la consolidation
intra-européenne préalable.
Le cas britannique illustre l'intérêt
de cette séquence : elle transforme un refus éventuel de basculer
vers le contraignant en test public et mesurable de la thèse déjà
développée dans ce document (préférence structurelle pour
l'évitement de l'engagement).
Au-delà de ce mécanisme d'accès
partiel, l'objectif poursuivi avec la Russie et la Turquie est plus
ambitieux : un espace de sécurité unique, co-construit à égalité
par l'Europe, la Russie et la Turquie, libre de toute ingérence
extérieure -- au sens où les États-Unis constituaient jusque-là
cette ingérence. Sans souveraineté propre, l'Europe ne pourra pas
construire la paix. Cet espace vise en particulier à résoudre les
questions de Kaliningrad, Chypre et Kosovo.
Les réconciliations décrites dans ce
document suivent une séquence qui prolonge, à l'échelle du continent puis
au-delà, la logique déjà à l'oeuvre dans la construction
européenne.
Première étape symbolique, engagée mais
inachevée : la réconciliation franco-allemande, entre famille
nucléaire égalitaire (France) et famille souche (Allemagne).
Contrairement à l'image d'un couple moteur pleinement réconcilié
depuis le traité de l'Élysée en 1963, ce document reprend
l'analyse développée sur la page psycho-socio-politique : il
s'agit à ce jour d'une coexistence adaptative plutôt que d'une
réconciliation accomplie par un travail en profondeur, notamment du
fait de l'alignement structurel de l'Allemagne sur les États-Unis
(dont l'achat des F-35 est le symbole le plus net). Parachever
cette première réconciliation reste donc un préalable.
Deuxième étape symbolique, portée par la Cour :
la réconciliation entre famille nucléaire absolue (monde
anglo-saxon, dont le Royaume-Uni est le relais européen) et famille
communautaire exogame (Russie) . C'est l'objet du
mécanisme facultatif -> contraignant détaillé plus haut, avec la
séquence intra-européenne d'abord (Royaume-Uni, pays baltes),
l'ouverture à la Russie ensuite.
Troisième étape, conséquence des 2 premières : la relation à la famille
communautaire endogame, que l'on retrouve en Turquie.
C'est l'aboutissement du processus d'endogamie symbolique décrit en
introduction de ce document : une Europe qui a cessé d'exporter
son propre modèle et organise sa pluralité interne sans prétendre
l'imposer devient, par ce précédent vécu, en position d'ouvrir
un espace de dialogue avec une famille structurée différemment --
sans que cela vaille jugement sur la nécessité, pour cette famille,
de s'ouvrir à son tour. L'aboutissement européen n'a pas
vocation à être exporté vers la famille communautaire endogame ;
il peut seulement, à titre de précédent, ouvrir un espace où
cette famille choisit elle-même, ou non, d'engager un processus
similaire.
Un horizon distinct, non garanti : le
découplage américain. Le Royaume-Uni n'est pas le seul
représentant de la famille nucléaire absolue -- les États-Unis en
sont le pôle dominant, et une partie de ce que documente le chapitre
suivant (dépendance nucléaire à Washington, Five Eyes, réticence
à toute défense européenne autonome) se lit comme le symptôme
d'un relais régional d'un centre de gravité situé ailleurs. On
pourrait alors imaginer un quatrième niveau, transatlantique, porté
par une OSCE réformée -- seul cadre institutionnel réunissant
déjà Washington, Moscou et l'ensemble du continent. Mais ce
niveau ne peut pas être traité comme les trois précédents. Il
suppose une symétrie d'intention qu'aucun élément de ce
document ne permet d'établir : la troisième mutation -- le
renoncement à la volonté de puissance et de prédation, l'évolution
vers un monde multipolaire -- est précisément ce que les
États-Unis refusent aujourd'hui, ainsi que le confirme la guerre
déclenchée conjointement avec Israël contre l'Iran en février
2026, dans la continuité de la doctrine Brzezinski déjà documentée
dans ce texte. Le découplage vis-à-vis des États-Unis est donc,
pour l'instant, une condition de la souveraineté européenne --
un préalable nécessaire pour que l'Europe puisse un jour peser
dans un cadre multipolaire -- et non une réconciliation
programmable au même titre que les trois étapes précédentes.
Aucun cadre institutionnel, fût-ce une OSCE réformée, ne peut se
substituer à ce désaccord de fond tant qu'il n'est pas levé du
côté américain.
De même que l'Europe doit
reconnaître son aveuglement post-1991, la Russie doit reconnaître
son propre passif soviétique envers ses voisins d'Europe centrale
et balte : la répression de Budapest en 1956, celle de Prague en
1968, les déportations et l'annexion des pays baltes en 1940-1941
puis 1944-1991, la Grande Famine ukrainienne de 1932-1933
(Holodomor).
Kaliningrad implique un travail de
mémoire spécifique entre l'Allemagne et la Russie, et on pourrait imaginer : -
un accord de coopération entre la Communauté européenne et la
Russie ; - une démilitarisation de Kaliningrad, une fois l'OTAN
dissoute ; - une gestion commune de la Baltique (Russie, Communauté
européenne, pays riverains) et des infrastructures sous-marines
(câbles) ; - la libre circulation maritime dans la Baltique ; -
l'évolution de Kaliningrad vers une zone de coopération
économique privilégiée entre la Communauté et la Russie.
Le travail sur
l'ombre de la Turquie devra inclure, à terme, la reconnaissance du
génocide arménien de 1915 : un chantier strictement mémoriel,
distinct de l'urgence propre à Chypre, mais nécessaire à la
cohérence de l'exigence faite symétriquement à la Russie sur son
propre passif historique (ce document ne développe pas ici la
question kurde, qui traverse plusieurs États et ne relève donc pas du même type de travail sur l'ombre
porté par un État unique, contrairement au dossier arménien).
Perspectives : on pourrait imaginer
Les griefs identifiés sont concrets :
A noter la dépendance nucléaire matérielle du programme Trident vis-à-vis des infrastructures américaines (accord de 1963, prolongé), et le partage de renseignement Five Eyes (l'accord UKUSA date de 1946 et est donc antérieur et indépendant de l'OTAN). Ces éléments montrent que la position britannique relève aussi d'un choix atlantiste.
Le cas de Chypre implique un travail sur l'ombre de trois acteurs distincts : le Royaume-Uni, la Turquie, et la Communauté elle-même, pour avoir intégré un pays divisé sans résoudre la question de fond.
Le rapport Herman du 9 février 1994 avait proposé différents choix (page 9 section IV)
mais ces choix n'ont jamais été
soumis aux peuples.
Un référendum
devrait donc être organisé dans chaque pays pour choisir
entre au moins cinq options, positionnées selon leur degré
d'intégration, de l'indépendance pleine à l'État fédéral (ce
nombre pourrait s'élargir selon ce qui ressortirait des débats
préalables) :
Ce référendum applique la subsidiarité ascendante à l'échelle
ultime : la légitimité de tout l'édifice viendrait d'un choix
populaire direct plutôt que d'une décision de chefs d'État ou
de parlements. Accompagné d'un véritable débat, un tel référendum
serait attendu dans un système démocratique. Cela constitue un test
supplémentaire pour juger de la nature de notre système actuel,
comme cela a été abordé avec la pathocratie.