Comme nous le constatons en regardant la
carte,
les pays européens présentent diverses combinaisons de types familiaux.
La France apparaît comme le seul pays au monde à réunir les quatre
types familiaux exogames avec deux types dominants, la famille
nucléaire égalitaire (dans l’ensemble hostile au traité de Maastricht)
et la famille souche (qui dans l’ensemble lui est au contraire
favorable). On remarque de plus, en Corse, la présence de formes
patrilinéaires à résidu endogamique. La France établit ainsi un lien
entre l’Europe réformée du nord et l’Europe catholique du sud, entre le
monde atlantique et le monde continental, entre le monde anglo-saxon et
le monde slave, entre les deux rives de la Méditerranée.
Ces quatre types familiaux sont structurés en deux couples d'opposés
:
- famille nucléaire égalitaire / famille souche
- famille nucléaire absolue / famille communautaire égalitaire.
Le destin de l'Europe est de restaurer un ordre
psycho-socio-politique en analogie avec le
Soi
:
- principe de régulation / création
- puissance étatique / développement de la créativité et de
l'innovation
- régulation entre le travail et le capital.
Les quatre types
familiaux exogames représentent quatre facettes, quatre façons
différentes d’aborder la réalité. Le communisme s’implantera
sélectivement là où la famille communautaire exogame est largement
dominante, celle-ci étant réfractaire au libéralisme économique de type
anglo-saxon. Ce dernier se développera sur une structure familiale de
type nucléaire absolue qui, de son côté, sera réfractaire au
communisme. Ainsi l’identité européenne est-elle reliée, non pas aux
valeurs de tel ou tel type familial, mais à cette imbrication des
différentes structures familiales, avec en filigrane la quête de
l’élément coordinateur qui intègre dans une structure unitaire quatre
représentations du monde.
Le caractère unique de l'identité européenne
Cette mosaïque de systèmes familiaux distingue l’Europe des
Etats-Unis
(structurés sur la famille nucléaire absolue) et de la Russie
(structurée sur la famille communautaire exogame) où seul un des
termes, l’individualisme ou le système communautaire, est privilégié.
Du fait de son identité bien particulière, l'Europe devrait avoir des
relations équilibrées et pacifiées, tant avec les Etats-Unis
que la Russie et le monde arabo-musulman. L'hyperlibéralisme n'est
pas en accord avec l'identité européenne, pas plus que la participation
de l'Europe à l'encerclement de la Russie par l'OTAN depuis la chute de
l'URSS.
Du fait des différences dans leurs
structures familiales, les États-Unis et l’Europe ne peuvent pas
avoir le même projet de société. Structurés sur la famille
nucléaire absolue, les États-Unis expriment une dérive du
fondamentalisme protestant avec cette vision messianique et
civilisatrice pour diriger le monde selon leurs propres intérêts. Du
fait de sa mosaïque de structures familiales, l’Europe devrait
favoriser l’émergence d’un monde polycentrique. Cependant, depuis
l'Acte Unique, tout se passe comme si l'identité européenne était
réduite aux seules valeurs véhiculées par la famille nucléaire absolue,
à savoir la pensée unique du néo-libéralisme. D'où l'échec de cette
conception de l'Europe. Il faut noter la place particulière de la
Pologne avec sa lutte contre la Russie et sa
position
critique vis-à-vis de l'Europe. Une Europe par ailleurs infiltrée
dans sa
partie centro orientale (dans rien de moins que 17 pays européens !)
par la Chine, un territoire européen où la famille communautaire
exogame est largement représentée. Sans parler de la
Turquie et
de l'Arabie Saoudite qui
cherchent à élargir leur influence dans les Balkans. On peut également
noter que, dans sa volonté de puissance contre la Russie, les
Etats-Unis ont infiltré l'Ukraine depuis 2008 avec un
partenariat
stratégique.
Etre européen signifie donc avoir conscience de la complexité
de
cette Europe structurée sur des couples d'opposés, qui donne alors à
l'Europe la possibilité d'entrer en dialogue
avec les cultures et civilisations voisines (Etats-Unis,
Russie, Turquie,
monde arabo-musulman). En excluant cette donnée fondamentale, en
faisant la promotion du néo-libéralisme et de la concurrence (avec, en
conséquence, une idéologie de la dimension inégalitaire),
l'Europe de Maastricht est profondément anti
européenne. La
crise de la Covid 19
a accéléré encore un peu plus cette destruction de l'identité
européenne avec l'évolution vers une société de contrôle
(idéologie de la dimension autoritaire). L'idéologie
autoritaire n'est plus tempérée par son opposée du fait des
atteintes à la dimension de liberté (confinements sans justification
scientifique) et aux capacités réflexives individuelles avec
la sidération de la pensée par l'instrumentalisation de la peur
(crise de la Covid 19, mais aussi réchauffement climatique, crise
écologique,
financière, migratoire, géopolitique, guerre...).
L'idéologie inégalitaire
n'est plus tempérée par son opposée du fait de la
destruction des liens sociaux avec la création artificielle et
sans
fondement scientifique
d'un clivage entre vaccinés et non vaccinés. La pensée complexe
est remplacée par la pensée unique, tant sur le plan économique
que sur le plan médical. La disparition des symboliques liées aux
quatre types familiaux signe un retour à l'indifférenciation :
l'identité européenne est ainsi totalement détruite (avec des
répercussions dramatiques, tant sur le plan économique que
géopolitique) et entre même en opposition et en conflit avec d'autres
ensembles géo-politiques. C'est ainsi que la vision ultralibérale
occidentale suscite l'opposition des
BRICS
(Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), de
l'Organisation
de coopération de Shanghai et de
l'Union
économique eurasienne, dans le but de construire un monde
multipolaire et une
dédollarisation
du monde. De nombreux pays, tels l'Iran, l'Arabie Saoudite,
l'Argentine, l'Algérie... pourraient renforcer les rangs des BRICS. Une
nouvelle
guerre froide économique
s'installe entre l'Eurasie et l'Occident tout comme s'installe une
guerre entre un Occident matérialiste et un monde arabo-musulman dont
une partie rêve de rétablir le califat. Au lieu de participer à
l'élaboration d'un nouveau monde en entrant dans la troisième mutation,
l'Europe court à sa désintégration.
Les deux guerres civiles qui ont eu lieu sur le territoire européen,
en Yougoslavie et en Ukraine, sont le témoin d'une Europe prise dans le
conflit des opposés.
A l'inverse, pour respecter l'identité européenne, dans la lignée de
la pensée de Kolakowski et dans la perspective de la
conjonction des opposés, le défi est de
combiner un Etat protecteur, le
besoin d'entreprendre, l'esprit de créativité, le contrôle
démocratique de la bureaucratie étatique, des freins au développement
illimité de la recherche de profits et de désirs superflus au profit
d'une écologie intérieure (respect des
besoins
spirituels)
et extérieure
(justice sociale, respect des éco-systèmes). Le défi est aussi de
renoncer à la volonté de puissance et de prédation, de développer le
droit
international et la prévention des conflits, et de participer à
l'émergence d'un
monde multipolaire.