RÉFORMER l’ONU

 

 

Le monde est dans un grand état de désordre. Désordre financier et monétaire, absence du droit international, hubris (démesure, violence, atteinte au droit, violation des règles et des lois) et volonté de prédation de la part de diverses grandes puissances, destruction des ecosystèmes.... L'ONU sous sa forme actuelle n'est plus crédible.

Une nouvelle organisation internationale (qui pourrait être une organisation des peuples du monde) doit voir le jour pour garantir les valeurs de la mondialisation (la mondialisation dans son essence, l'interdépendance des humains et des peuples) dans un monde multipolaire. L’ONU doit retrouver les valeurs de sa charte : abandonner l'actuelle  forme de gouvernance, renoncer à la force dans les relations internationales, maintenir la justice et le droit international, veiller au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et au respect des droits fondamentaux de l'homme (l'actuelle Commission des droits de l'Homme de l'ONU n'a aucune crédibilité), favoriser le progrès économique et social, réformer le système monétaire international. 
 

 

Etablir les règles du commerce entre une douzaine d’ensembles régionaux

 

Critiquant la politique libre-échangiste de l’OMC et de l’administration de Bruxelles, Maurice Allais préconise que toute libéralisation économique de grande envergure ne s’effectue, dans l’immédiat, qu’à un niveau régional entre des pays dont l’état de développement économique et social est relativement proche, et non à l’échelle mondiale. Sans pour autant s’enfermer, il s’agit d’assurer une protection raisonnable vis-à-vis de l’extérieur, et contre la concurrence déstabilisatrice de pays n’ayant pas les mêmes impératifs sociaux. Des protections aux frontières permettraient de protéger les productions agricoles locales afin d’assurer sécurité et souveraineté alimentaire. On peut ainsi espérer que le niveau de protection sociale s’élève progressivement à l’échelle de la planète.

 

Une Organisation internationale du commerce (l'OIC telle qu’elle aurait dû voir le jour après 1945) prendrait en compte les disparités des conditions de production par l’introduction de clauses sociales non protectionnistes destinées à inciter le respect et l’application des recommandations de l’OIT (Organisation internationale du travail) pour la protection des droits de l’Homme, l’amélioration des conditions de vie et de travail, et le développement de la protection sociale. Des « droits compensateurs » réguleraient les échanges entre les différents blocs régionaux de manière à permettre le développement socio-économique et d’assurer la protection de l’environnement dans les pays en voie de développement.

 

L’OIC stabiliserait le cours des matières premières et des ressources énergétiques à leur juste niveau afin d'assurer un approvisionnement régulier et de maintenir un cours permettant aux pays producteurs de se développer. Elle aurait pour objectif de réduire l’écart des richesses entre une douzaine d'ensembles régionaux, d’accroître la protection sociale dans les pays en voie de développement, d’établir une coopération économique, monétaire, écologique et scientifique en répartissant les efforts proportionnellement aux richesses. Les échanges seraient ainsi organisés entre de grandes zones homogènes du point de vue des niveaux de vie et de la protection sociale.

La protection de la santé et de l’environnement

 

Si tous les êtres humains se comportaient comme les européens ou les américains, les ressources de la planète seraient rapidement épuisées. Le développement conjoint du Nord et du Sud implique une remise en cause du mode de consommation occidental qui est un mode de vie non durable. Ceci implique une prise de conscience, à l’échelle de chacun, de sa responsabilité et de son appartenance à une planète qui est notre bien commun et dont il faut prendre soin. Il appartient également aux médias de participer à cette prise de conscience. La préservation de la santé (« One World, One Health ») passerait par une coopération encore plus étroite entre l'OMS, la FAO (l'agence des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation), l'OIE (l'organisation mondiale de la santé animale) et l'UICN (l'union internationale pour la conservation de la nature). Par ailleurs, l'OMS doit être réformée pour être libérée de toute influence par des lobbies privés.



Les réformes financières

 

L’organisation des échanges est impossible dans un système de changes flottants. Maurice Allais préconise d’assurer des taux de change d’équilibre, et de rendre impossible les variations perverses des taux de change.

 

Les politiques contre productives du FMI montrent que cette institution doit être réformée. Une banque mondiale pour le développement serait chargée de la gestion coordonnée de la douzaine de monnaies régionales avant que ne soit éventuellement créée une monnaie internationale (comme le « bancor », ainsi que l’avait imaginé J.M. Keynes en 1944) au fur et à mesure de la convergence politique et économique des ensembles régionaux. Au monde multipolaire répondrait un système monétaire multipolaire.

 

Le rétablissement d’un certain contrôle sur les mouvements de capitaux nécessiterait la suppression des paradis fiscaux et une lutte contre la spéculation à l’échelle mondiale. Les paradis fiscaux sont des plaques tournantes de la corruption, de l’évasion fiscale, du blanchiment de l’argent et du terrorisme. Ces paradis fiscaux entraînent par ailleurs une distorsion de concurrence. Quant à la lutte contre la spéculation à l’échelle mondiale, une « taxe Tobin » de 0,2 % sur les opérations de change pénaliserait les mouvements spéculatifs à court terme sans avoir d'impact réel sur les investissements à long terme. Allais propose quant à lui l’imposition des revenus spéculatifs. 

  

Une telle réforme au niveau international pourra ainsi s’opposer à l’actuelle dictature des marchés financiers qui est la conséquence d’une part de la libération des mouvements de capitaux, d’autre part de la diversification de investisseurs institutionnels qui ont des moyens financiers très largement supérieurs à ceux de n’importe quelle banque centrale. La finance doit être mise au service de l'économie et du développement social, humain et environnemental.

 

 

Les réformes institutionnelles

 

Environ douze ensemble régionaux à l'échelle planétaire (et non les actuels cinq groupes régionaux de l'ONU), y compris un ensemble pour les peuples autochtones, remplaceraient l’actuelle Assemblée générale et éliraient les deux secrétaires généraux (la fonction de secrétaire général serait dédoublée). L’un aurait en charge la coopération économique (avec l’OIC, le PNUD, l’ONUDI), la coordination militaire et les programmes de lutte contre la drogue, l’autre le développement humain et social qu’il s’agisse de la protection de l’enfance (UNICEF), de la protection des populations ou des réfugiés, ce qui touche à l’habitat, aux droits de la femme, à l’organisation du travail (OIT), au développement sanitaire (OMS), la protection de l’environnement (PNUE, UICN), la FAO et l'OIE.

 

Le Comité économique et social pourrait devenir l’équivalent d’une Chambre de la société civile qui assurerait la représentation des peuples, avec un avis délibératif (et non consultatif). Elle serait composée de représentants des Parlements nationaux de chaque ensemble régional, de savants, d’intellectuels et de représentants des diverses confessions. La représentation de la Société Civile permettrait de souder les différents peuples de la planète en une communauté solidaire pour faire contre poids aux potentielles dérives des Etats ou des intérêts privés.

 

A l’encontre de la situation actuelle où un tiers des Etats membres de l’ONU et un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité reconnaissent la Cour internationale de justice, cette juridiction, reflet d’un ordre juridique multipolaire, aurait un rôle renforcé et garantirait la primauté du droit sur la force. Tous les ensembles régionaux reconnaîtraient la Cour internationale de justice ainsi que  la Cour pénale internationale.  La compétence de ces juridictions serait obligatoire.

 

Le nouveau Conseil de sécurité serait constitué non plus de cinq pays mais d’un représentant de chaque entité régionale (Afrique noire, Amérique latine, Indonésie et Malaisie, Asie du Sud-est, Russie, Chine, Europe, Inde, Etats-Unis, Japon et Corée, Monde arabo-musulman de l’Afrique au Moyen-Orient, peuples autochtones...). Il serait l’organe chargé d’exécuter les décisions de la Cour internationale de justice. Il disposerait d’une force militaire issue des entités régionales (et non d’arbitres en uniforme, simples témoins des affrontements), capable d’intervenir lors d’un conflit ou de lutter contre le terrorisme. Le droit de veto serait supprimé (l’hégémonie des cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui disposent d’un droit de veto mine le droit international), car il n’aurait plus de raison d’être dès lors que la Cour internationale de justice exercerait la plénitude de ses droits.

 

L’ensemble de ces réformes contribueraient alors à préserver les peuples de la guerre, à développer le sentiment de l'interdépendance des peuples du monde, à favoriser le développement démocratique et économique de tous, à faire respecter les droits de l’Homme, à limiter le commerce international des armements, à promouvoir la santé, les valeurs humaines, sociales et culturelles, et à défendre l’environnement en protégeant l’avenir de l’humanité à très long terme. Ce n’est qu’ainsi que le terrorisme pourra réellement être éradiqué et que les migrations pour des raisons de pauvreté n'auraient plus lieu d'être.


 


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