La mondialisation est un processus historique, neutre, en œuvre depuis plusieurs siècles, dénué de toute connotation économique, et par lequel nous prenons conscience de notre appartenance commune à la planète Terre et de la solidarité des peuples. En analogie avec le processus d’individuation, la mondialisation recouvre un processus d’ouverture à l’autre avec la reconnaissance de ses différences, dans un monde régi par des règles et des lois. La globalisation de l'information, le développement d’Internet, l’interdépendance des pays, la globalisation des risques écologiques, témoignent de cette mondialisation.
Le défi de la mondialisation devient particulièrement aigu avec la troisième mutation en cours depuis le début du XXème siècle et le principe de la conjonction des opposés (du masculin et du féminin, de la science et de la spiritualité...). La mondialisation devrait permettre la construction d’un monde polycentrique régi par des lois, assurer une régulation de l’économie tout en préservant les grands équilibres environnementaux, favoriser l'humanisation des sociétés. La mondialisation associe ouverture à l’autre (tout individu sur terre est mon égal et a les mêmes droits), refus de l’uniformisation, reconnaissance des différences des peuples, des cultures et des civilisations, interdépendance avec un principe de coopération entre nations ou ensembles régionaux, sacrifice de la volonté de toute puissance avec reconnaissance de la primauté de l’éthique et du juridique (ce qui passe par la reconnaissance d'une Cour internationale de justice placée au-dessus des Etats et capable d'imposer un règlement pacifique des différends), préservation des grands équilibres écologiques. Dans son essence, la mondialisation est exempte de toute idéologie, rejetant autant le néo-libéralisme que le marxisme, autant le scientisme pur que le dogmatisme de l’intégrisme islamique. Mondialisation rime avec cosmopolitisme, où chaque être humain a les mêmes droits.
Cette mondialisation s'inscrit dans le cadre de la troisième mutation et implique une remise en question du mode de vie occidental et de la société de consommation, l'acquisition du bien-être matériel n'étant qu'un moyen pour aider l'homme à évoluer en conscience, avancer sur le chemin de l'individuation, renouer avec la dimension sacrée, s'ouvrir au monde de l’Imaginal, vivre en harmonie avec soi, les autres, et la nature.
Une réforme de l'ONU (et en particulier de l’OMC) est nécessaire pour mener à bien cette mondialisation qui passerait par la constitution d'une douzaine d'entités régionales à l'échelle planétaire (voir Allais ou Gréau), en organisant un système de libre-échange au sein de chaque ensemble régional et entre zones de développement similaire, et en établissant de nouveaux modes de régulation des échanges selon les disparités sociales et économiques, en évitant trop de protectionnisme ou de libre-échangisme, et en favorisant l'autosuffisance de chaque ensemble régional. Il s'agit donc de fonder un ordre mondial polycentrique basé sur cette douzaine d'entités régionales, chacune ayant son identité culturelle et civilisationnelle.
Les principes de la mondialisation et la mondialisation du droit international impliquent de revenir à l’esprit de la Charte des Nations Unies, à savoir renoncer à l'Ubris, à la prédation, à la force dans les relations internationales, pour affirmer la prééminence de la justice et du droit international comme autorité supérieure qui s'impose aux Etats ou aux ensembles régionaux, au service de la paix. Ce qui doit remettre en question le droit de veto des membres permanents du conseil de sécurité, comme le mode de fonctionnement d’une institution comme le FMI où le vote dépend de la quote-part financière.
Enfin, cette mondialisation doit s'actualiser par la création d'une société civile à l'échelle mondiale, pour créer un véritable contre pouvoir à l'Ubris. Dans cette optique, il semble logique de procéder par étapes avec des ensembles régionaux (pour ce qui nous concerne, l'Europe).
Ce que l'on a coutume d'appeler
« mondialisation
»
est en fait une mondialisation de type économique, encore
appelée mondialisation néolibérale, globalisation
économique, ou mondialisme avec le projet de gouvernance mondiale d'un monde unifié sur un mode centralisé.
Cette globalisation
économique est la version ultra-libérale et
libre-échangiste de la mondialisation au service des
multinationales dont les activités ne sont plus entravées
par les législations nationales ou des normes
écologiques. Il s'agit d'installer une gouvernance mondiale et de faire
disparaître les frontières pour une marchandisation
universalisée qui ne puisse être entravée par la
puissance étatique, que ce soit sur le plan juridique
(d'où les tribunaux d'arbitrage qui permettent aux entreprises
privées de poursuivre un Etat lorsqu'une réglementation
est susceptible de réduire leurs bénéfices) ou
monétaire (d'où la création monétaire
aux mains d'intérêts privés).
La globalisation économique cherche donc à contourner la démocratie. C'est ce que l'on retrouvait déjà avec le Mémo Powell de 1971, et qui a été concrétisé en Europe avec le tournant entre le Traité Spinelli et l'Acte Unique, puis le Traité de Maastricht qui a sacrifié la politique monétaire nationale au profit de la libre circulation des mouvements de capitaux. On a ainsi construit une démocratie de façade (les institutions européennes), constitutionnaliser le néolibéralisme dans les traités européens (Wolfang Streeck, Du temps acheté, La crise sans cesse ajournée du capitalisme européen), libérer les marchés des contraintes (Quinn Slobodian), sacrifier la démocratie et la souveraineté monétaire (Dani Rodrik).
La mondialisation
financière a connu une phase explosive depuis 1990 (date de
la libéralisation des mouvements des capitaux en Europe), en
particulier grâce à la contribution des socialistes
français (voir le livre d'Aquilino Morelle, L'opium des
élites). Cette seconde phase est caractérisée par
la prépondérance des mouvements de capitaux à
très court terme (une vingtaine de minutes). La rentabilisation du capital se
fait au détriment de la montée du chômage,
l'augmentation des dividendes aux actionnaires se fait au
détriment des investissements. Dans
ce contexte où la finance devient totalement autonome, la
libéralisation des mouvements de capitaux majore fortement le
risque de bulles financières et de crises financières. La
libéralisation financière est un très bon indice
prédictif de crise financière.