Bonjour, il y a eu précédemment quatre vidéos pour aborder toutes les facettes de la construction européenne, et nous allons à présent aborder les différents choix politiques qui pourraient être débattus en 2026, pour peu qu'une telle volonté existe -- ce qui malheureusement n'est pas le cas.
L'Europe a été pendant plusieurs siècles un immense champ de bataille, et pour tenter d'en finir avec les dérives du nationalisme exacerbé, la première conférence internationale de la paix s'est tenue en 1899 à La Haye, à l'initiative de la Russie. Cette conférence est donc contemporaine des premiers travaux en physique quantique, marquant aussi l'entrée dans la troisième mutation, comme on l'a vu dans la vidéo précédente.
Cela n'a malheureusement pas empêché les deux guerres mondiales, et avec les mêmes objectifs de pacification du continent, la Communauté économique européenne a été signée en 1957 (entrée en vigueur le 1er janvier 1958). Cette communauté s'inscrivait dans le cadre de la protection des souverainetés nationales, avec une union douanière et une coopération économique entre nations.
Il en a été de même pour le traité Spinelli, avec le principe de subsidiarité ascendante : ce sont les États qui décident de ce qui doit être confié à la structure supranationale.
Puis, sous l'impulsion de l'extrême centre -- c'est-à-dire de la coalition d'une grande partie de la gauche et de la droite, toujours majoritaire au Parlement européen sans la moindre alternance politique -- on s'est dirigé pas à pas vers un fédéralisme et une centralisation.
L'Acte unique a fait la promotion du néolibéralisme et du libre-échange, et il a été imposé sans débat. Le référendum sur Maastricht était un référendum tronqué, avec un choix imposé excluant toute autre forme d'organisation. On a perdu la souveraineté monétaire, et la subsidiarité s'est transformée sous sa forme descendante : c'est désormais la partie supranationale qui décide des compétences qu'elle doit assumer.
Le traité de Lisbonne a été imposé malgré le refus, par référendum, du traité établissant une Constitution pour l'Europe en 2005, et il a donné encore plus de pouvoir à la technostructure centralisatrice de la Commission européenne.
Et le bilan de cette évolution, on l'a vu, est catastrophique : désindustrialisation, paupérisation, extension conjointe de l'Union européenne et de l'OTAN, venant ainsi menacer la sécurité de la Russie, comme cela avait été prédit dès 1997 par le diplomate américain George Kennan, artisan de la doctrine du containment envers l'URSS pendant la guerre froide -- qui qualifiait alors l'élargissement de l'OTAN d'« erreur la plus fatidique de la politique américaine de toute l'ère de l'après-guerre froide ». Et qui plus est, on assiste à présent à la volonté de militarisation de l'Allemagne, au risque de réveiller de vieux démons.
Alors, va-t-on continuer cette course folle en avant vers un État fédéral, en étant dans le déni de l'échec économique, en banalisant la perspective d'une guerre à l'horizon 2029 -- une échéance qui n'a rien d'une extrapolation isolée : elle est reprise aussi bien par les services de renseignement allemands que par une évaluation de l'OTAN elle-même ?
Passer de la subsidiarité descendante à une subsidiarité ascendante, passer du libre-échange à la protection communautaire, réformer les institutions : on sait bien que cela est extrêmement difficile, voire impossible, étant donné qu'il faut l'unanimité des 27 pays.
Faut-il alors s'attendre à la disparition de l'Union européenne et, en même temps, de l'OTAN, puisque ces deux structures sont intimement liées -- et voir de ce fait l'émergence de partis politiques qui prônent le respect de la souveraineté nationale ?
Dans les choix politiques que nous avons, entre l'extrême centre et les partis souverainistes -- qu'ils soient de gauche, de droite, ou de gauche et de droite -- l'extrême centre est à présent totalement discrédité, et il ne reste plus que cette solution pour sortir de la profonde crise dans laquelle se trouvent à la fois la France et l'Europe.
Si l'on se place dans cette perspective du respect de la souveraineté nationale, quelle serait la finalité, et comment s'organiseraient les pays qui sont à l'intérieur de l'Europe ?
Il est alors question de retrouver une souveraineté au niveau monétaire, économique, technologique, alimentaire et sanitaire.
Cette coopération entre nations sur le plan économique doit-elle s'accompagner d'une certaine convergence sociale, fiscale, écologique ? Faut-il construire une zone économique européenne avec une monnaie non pas unique mais commune, revenir à la préférence communautaire, ou du moins retrouver un équilibre entre libre-échange et protectionnisme selon les différentes situations ?
La rupture avec l'extrême centre est indispensable, avec le néolibéralisme, avec la pensée unique. Et pour quel modèle alternatif, et selon quels indicateurs faut-il évaluer la bonne santé d'un pays ? On pourrait par exemple évaluer la croissance vertueuse, le taux de chômage, l'inflation, les capacités d'innovation et de créativité, l'indice de pollution, la qualité de l'environnement, le taux de morbidité, le taux de suicide, le taux de natalité, l'espérance de vie, le taux de délinquance, la consommation de drogues et de psychotropes, l'indice de bien-être, l'indice de démocratie, de corruption, la liberté d'expression, et enfin la qualité de l'information, la présence d'un débat et d'une pensée non pas unique mais complexe.
Est-ce qu'une nouvelle structure européenne aurait simplement une finalité économique, ou bien resterait-on dans le cadre de la seconde mutation, avec le maintien d'une volonté de pouvoir et d'hégémonie, une russophobie ? Ou bien, au contraire, accompagner la troisième mutation : renoncer à la volonté dominatrice et de prédation, normaliser les relations avec la Russie, créer un espace de sécurité commune avec elle, prévenir les conflits par la diplomatie, régler les conflits pacifiquement par une procédure d'arbitrage et de médiation -- comme cela avait été prévu dès la première conférence internationale de la paix en 1899 -- respecter le droit et l'éthique, assurer le bien-être des peuples, lutter contre les mafias européennes, le terrorisme, l'intégrisme islamique, et coopérer pour s'intégrer dans un monde multipolaire.
Au niveau des modalités d'organisation entre pays européens, on peut imaginer plusieurs scénarios : de simples coopérations à la carte, se traduisant par des rencontres sélectives entre chefs d'État et de gouvernement ; ou bien un modèle confédéral, où la structure exécutive serait le Conseil européen, avec des décisions prises à l'unanimité ; ou bien une communauté, où au Conseil européen s'ajouterait une assemblée. Cette assemblée pourrait être composée de représentants des Parlements nationaux, organisés non pas selon les groupes politiques mais selon cinq grandes dimensions :
On pourrait également imaginer une représentation des différentes nationalités, des différents partis politiques, et des représentants des comités économiques, sociaux et environnementaux nationaux dans chacun des cinq groupes, afin de favoriser un consensus et la pensée complexe.
Imaginons que nous soyons en démocratie et qu'il y ait un débat, puis un référendum, dans chacun des 27 pays. Le choix de l'évolution vers un État fédéral serait probablement un choix marginal.
Il y aurait une forte probabilité pour que plusieurs pays souhaitent sortir de l'Union européenne de façon coordonnée, et l'on pourrait imaginer une coexistence, dans un premier temps, de pays souhaitant rester indépendants et d'autres souhaitant intégrer une confédération. Mais des pays recherchant une réconciliation avec la Russie pourront-ils s'associer avec des pays restant dans une russophobie ?
On peut imaginer que des pays restent sur un modèle axé sur le libre-échange, que d'autres restent dans une vision atlantique et russophobe, et que d'autres encore souhaitent fonder une communauté basée sur la coopération économique avec une union douanière -- et quelles seraient alors les conditions d'une intégration dans une telle communauté ? Uniquement des critères économiques actuels, la lutte contre la corruption, le respect du droit des minorités ? Ou inclurait-on également des critères géopolitiques, comme la volonté de règlement des différends entre pays, la réconciliation et la création d'un espace de sécurité commune avec la Russie ?
Donc, en conclusion : depuis 1984, avec le refus du traité Spinelli et l'engagement dans le néolibéralisme avec l'Acte unique, les dirigeants ne veulent pas d'un débat sur l'Europe. La situation catastrophique de l'Union européenne, tant sur le plan économique que géopolitique, va-t-elle imposer en 2026 un tel débat dans tous les pays de l'Union ?
Il serait nécessaire d'identifier les positions des différents partis souverainistes, et en particulier des partis qui défendent les principes de la troisième mutation. Les partis souverainistes vont-ils s'unir au niveau européen ?
Et puis, au-delà d'un simple débat, il s'agit de se libérer d'une pathocratie à l'échelle européenne, de refonder la démocratie en France afin d'éviter le retour d'une pathocratie.