QUEL BILAN POUR L'UNION EUROPÉENNE ?
-
l'absence d'une vision géopolitique indépendante et cohérente (à la fin
du XXème siècle, l'Union européenne a raté l'occasion d'accompagner la troisième mutation
et de contribuer à la construction d'un monde multipolaire), lui faisant perdre toute crédibilité morale
- l'incapacité à nouer des relations apaisées avec les voisins proches comme la Russie (en voulant convertir la Russie au modèle européen, à ses normes, à la libéralisation des moeurs, ou en voulant lui imposer la globalisation économique, alors que la
Russie a son propre système de valeurs) ou encore la Turquie,
- l'échec d'un rapprochement avec la Russie malgré la signature
d'accords de partenariat, la demande d'intégration de la Russie au sein
du Conseil de l'Europe en 1992, la création d'un conseil de coopération
Nord-Atlantique / Russie en 1991 puis d'un Acte fondateur OTAN / Russie
en 1997, ou plus récemment en 2011 les préconisations d'un rapport rapport du Sénat,
- la participation en 1999 à la guerre en
Yougoslavie sans autorisation des Nations Unies,
- la violation du droit international avec la guerre de l'OTAN en Serbie en 1999, puis celle contre l'Irak en 2003,
- alors que depuis le début du 21ème siècle, des
cultures extérieures s’opposent ouvertement à notre modèle que
les européens ont toujours pris pour LE modèle universel, l'absence de respect de l'identité européenne
qui dénature le projet
européen (du fait de la spécificité de son
identité, l'Europe pouvait être en mesure d'établir des liens
équilibrés avec les Etats-Unis et la Russie, deux pays structurés sur
deux systèmes familiaux opposés), nous conduit au développement
croissant d'un ensemble anti-occidental
emmené par la Chine et la Russie, au risque d'un rapprochement
militaire entre ces deux puissances (voire même entre Chine, Russie,
Iran, Pakistan et Corée du Nord) et d'un affrontement avec l'Eurasie,
-
l'incapacité à éviter deux guerres sur son territoire (alors
que la paix est l'un des objectifs majeurs de l'Union
Européenne), en Yougoslavie et en Ukraine (on a au contraire voulu
donner du temps à l'Ukraine pour se renforcer militairement en vue
d'une confrontation future avec la Russie, selon les déclarations d'Angela Merkel et de
François Hollande).
L'Europe aurait
dû tout faire pour pousser l'Ukraine à se libérer de
la corruption, à
se démocratiser, pour que l'Ukraine devienne un Etat neutre
et démilitarisé (comme cela avait été évoqué en 2006)
et un pont entre l'Union européenne et la Russie. L'Autriche et la
Finlande (avant son adhésion à l'OTAN en 2023) étaient en sécurité du fait de leur statut de neutralité,
- avec la guerre en Ukraine, l'Europe est
prise dans un conflit entre deux pays acculés sur des questions existentielles : la Russie est
sous la menace d'un encerclement par l'OTAN, et porte des valeurs différentes de la civilisation occidentale moderne (voir aussi l'interwiev de Dougin par Tucker Carlson) tandis que les Etats-Unis se sentent menacés par l'émergence de la puissance chinoise, l'évolution vers une
dédollarisation du monde, l'effondrement de leur hégémonie et de leur économie (les taux de mortalité
maternelle et
infantile
aux Etats-Unis ne font qu'augmenter), la perte de crédibilité de l'OTAN et de son armement. La Russie ne pouvant envisager de
perdre en Ukraine, les Etats-Unis ne pouvant envisager la perte de leur
hégémonie
(à moins d'accepter l'évolution vers un monde multipolaire), et la Chine ne pouvant envisager que la Russie perdre en Ukraine, on peut ainsi
craindre l'entrée dans une troisième guerre mondiale, sans compter de plus avec le développement d'un marché noir
de l'armement fourni par les occidentaux à l'Ukraine (une troisième
guerre mondiale, de type nucléaire, est a priori impensable avec des
gouvernements responsables, mais malheureusement envisageable avec un système pathocratique tant dans l'Union européenne que dans un certain nombre de pays européens)
- l'approvisionnement en gaz
de l'Europe auprès de l'Azerbaïdjan, un pays qui a les mains libres
pour mener en 2023 une épuration ethnique contre les arméniens,
- une vassalisation de plus en plus marquée envers les Etats-Unis, et une absence totale de relations diplomatiques avec la Russie
- la construction d'un mur entre l'Europe et la Russie en Finlande,
- une
fracture entre d'un côté des pays de l'Europe de l'Ouest comme
l'Allemagne et la France, même
si ces deux pays sont responsables en partie de l'échec des accords de
Minsk, et de l'autre côté une Pologne soutenue depuis les années 1990
par les Etats-Unis (qui soutiennent l'initiative des trois mers pour « affaiblir les relations entre l’UE et la Russie, menacer le projet de
gazoduc germano-russe Nord Stream et renforcer les exportations
américaines de gaz de schiste vers l’Europe centrale ») et prête à pousser à l'internationalisation du conflit contre la Russie,
-
les élargissements successifs ont été menés sans concertation avec les peuples, et sans approfondissement
préalable des institutions européennes,
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l'échec du sacro saint principe de
concurrence censé favoriser une baisse des prix,
-
le résultat du referendum de 2005 sur le TCE (Traité établissant une
constitution pour l'Europe) n'a pas été respecté,
-
les européens ont payé la mauvaise gestion de la crise financière
de 2008, une crise dont les racines n'ont pas été ensuite traitées. Il y a privatisation des gains
financiers (quand tout va bien) et socialisation des pertes (en cas de crise). Suite à cette crise, il
n'y a pas eu de réforme financière. On aurait pu séparer les
banques d'affaires et les banques de dépôt (projet enterré en 2017
par la Commission européenne), réguler la circulation des
capitaux, taxer les mouvements spéculatifs, favoriser une
convergence de la fiscalité, supprimer les paradis fiscaux dans
l'Europe... Rien n'a été fait.
- les européens payent la mauvaise gestion de la crise de la Covid 19, et ils
payent les conséquences économiques du naufrage diplomatique de l'Europe dans la crise Ukrainienne,
- l'écart de richesse entre l'Union européenne et les Etats-Unis ne cesse de se creuser depuis le début des années 1980, un article de Jean-Paul Fitoussi de 2004
notait que les performances économiques de la zone euro ont été parmi
les plus médiocres du monde entre 1990 et 2004, la zone euro était
officiellement en récession au premier trimestre 2023...
- l'Union européenne ne représente que 7 % des investissements dans
les nouvelles technologies de l'intelligence artificielle et de la
chaine de blocs, contre 80 % pour la Chine et les Etats-Unis
- une envolée des déficits budgétaires depuis la crise de la Covid 19, le coût faramineux du retrait des grands groupes européens de Russie, une inflation des dépenses militaires, des conséquences financières monumentales si l'Ukraine devait rejoindre l'Union européenne (voir également cet article) avec l'emprise déjà programmée des multinationales pour la reconstruction de l'Ukraine, à moins que l'ouest de l'Ukraine ne soit jamais reconstruite et devienne une zone livrée au terrorisme et au banditisme.
Avec une perte de ses valeurs morales (deux guerres sur le territoire européen depuis 1999,
une explosion des dépenses militaires qui
va alimenter l'inflation), une perte de crédibilité au niveau international (voire même un mépris), un
déficit démocratique patent,
une désinformation généralisée, une militarisation de l'Allemagne (avec
le projet d'acquisition de l'arme nucléaire),
un pays qui s'engage,
avec le Royaume-Uni, dans une confrontation directe avec la Russie, tandis que
l'OTAN envisage une frappe préventive contre l'enclave de Kaliningrad, le
projet européen ne
fait plus sens. La guerre est devenue une motivation principale pour l'Union européenne.
L'Europe s'étant construite
dans l'opacité depuis 1984, on comprend mieux la
gestion opaque de la
crise de la Covid 19, une crise qui
constitue le point d'orgue du délitement de l'Union européenne. L'Europe, telle
qu'elle se construit, est contraire aux
besoins et aux intérêts de la population. L'abstention, le vote protestataire et le désinvestissement du travail témoignent d'une
sécession des gens ordinaires.
L'Union européenne n'est pas en capacité d'assurer le bien-être de ses
peuples, ni d'assurer son indépendance. Au niveau géopolitique,
elle reste inféodée aux Etats-Unis qui profitent de la guerre
en Ukraine (cela affaiblit l'Europe, dope l'industrie américaine de
l'armement et la vente de gaz de schiste à l'Europe après la
destruction du gazoduc...). Au
niveau énergétique, les sanctions prises en 2022 contre la
Russie sont non seulement
inefficaces
(y compris pour le
pétrole)
mais de plus contre productives pour les européens, et catastrophiques
au niveau mondial du fait des risques de pénurie alimentaire, et donc
de migration de populations. Au niveau sanitaire, l'Union européenne n'assure plus la production de
médicaments.
L'Union européenne est devenue un véritable danger pour les peuples européens.
L'Union européenne est en plein déclin, victime d'une destruction planifiée et
sous la menace d'un effondrement, avec une montée en puissance d'un
sentiment anti-occidental au niveau mondial, un Occident qui perd toute crédibilité. Ce qui pose la question
de la responsabilité du personnel politique au pouvoir depuis les années 1980. L'incompétence ou les
erreurs ne peuvent pas tout expliquer, puisque les mêmes politiques
sont menées depuis l'Acte Unique sans la moindre remise en question.
Reste le choix entre corruption, ploutocratie et
système pathocratique,
avec une possible combinaison de ces différents facteurs, ce qui semble
d'autant plus cohérent si l'on considère les analogies que l'on
retrouve dans la gestion de la construction européenne depuis 1984
comme dans la crise de la Covid 19. Une telle dégradation des valeurs
morales et de l'éthique est à mettre en lien avec la perte
des besoins spirituels.
Si le bilan européen est catastrophique pour les peuples européens,
c'est par contre une grande réussite du point de vue de la ploutocratie
et du système pathocratique qui sont aux commandes, qui organisent
une désinformation digne de la pravda à l'époque soviétique, et
veulent engager l'Union européenne dans une guerre contre la Russie à échéance de 2029. Faire croire que la Russie (censée être «
l'axe du mal
»)
aurait
la volonté d'envahir l'Europe (un modèle soi-disant vertueux alors qu'il est en pleine
décomposition morale) semble être le seul argument pour tenter
de justifier une fuite en avant dans un fédéralisme européen
centralisateur et autoritaire et une militarisation de l'Europe. En réalité, comme le souligne le rapport du Sénat
de 2011, l'Union européenne avait tout intérêt à développer des liens de coopération
avec la Russie (des liens bien plus importants que ceux avec l'Ukraine). Accompagner la troisième mutation nécessite une réconciliation avec la Russie.
Faute de s'organiser et
d'élaborer un projet de société qui réponde aux enjeux et aux besoins
des sociétés et des populations, la société civile européenne (et donc
aussi chacun d'entre nous) laisse à des pouvoirs prédateurs, à une oligarchie, à une
ploutocratie et à une pathocratie la
liberté de façonner le futur selon des intérêts privés dans le
cadre d'une globalisation économique à l'anglo-saxonne :
- l'hyperlibéralisme s'appuie sur une
gouvernance
par des règles, avec la disparition de la démocratie et de tout débat,
- la pluralité de l'information ayant disparu, les medias orientent ou confisquent à leur guise les débats,
- les Etats sont sous la coupe des marchés financiers
depuis la privatisation des gains issus de la création monétaire (1973),
- face au
risque de transition,
le système financier privilégie un système économique centré sur les
énergies fossiles au détriment d'une économie verte,
- big pharma est centré sur l'industrie de la maladie et n'a aucun intérêt à la
promotion de la santé,
- l'industrie du numérique rêve de l'hybridation de l'homme avec la machine (projet transhumaniste),
-
le complexe militaro-industriel n'a aucun intérêt à la préservation de
la paix (avec la guerre contre la Russie, les Etats-Unis ont ainsi
renouvelé leur matériel obsolète) et a besoin d'un modèle de société
basé sur le conflit des opposés, (modèle anglo-saxon contre Russie, modèle matérialiste occidental contre intégrisme islamique), entre les
bons et les méchants
- une nouvelle forme de
servitude
s'est ainsi mise en place, ce d'autant que l'Union européenne est
sous contrôle de l'OTAN,
-
l'effondrement économique en cours, la création artificielle de la dette (depuis 1973 jusqu'au « quoi qu'il en coûte », tant
pour la gestion de la crise de la Covid 19 que pour le financement de
la guerre de l'OTAN contre la Russie en Ukraine, une dette de 1200
milliards d'euros en 2007 pour passer à 3000 milliards d'euros en 2023,
au-delà des critères de Maastricht), la répression des mouvements sociaux (gilets jaunes), la gestion par la peur de la
crise de la Covid 19 avec les confinements et la disparition du libre
consentement, puis la gestion de la guerre en Ukraine par la France et l'Europe annoncent la disparition de la
démocratie, l'évolution vers une société de contrôle et un régime autoritaire.
Derrière la volonté de nombreux gouvernements en Europe pour
poursuivre la guerre en Ukraine depuis l'arrivée au pouvoir de
Trump en 2025 (puis réclamer un cessez-le-feu et non une recherche de
la paix en s'attaquant aux causes profondes de la guerre), on peut
retrouver diverses motivations :
-
sauver le
partenariat stratégique sur
les matières premières signé le 12/07/2021 entre l'UE et
l'Ukraine,
- continuer à utiliser
l'Ukraine pour mener une guerre d'usure contre la Russie,
- espérer un
changement de régime en Russie favorable à l'Occident,
- utiliser des
pays pour tenter d'encercler la Russie, comme l'Ukraine, mais
aussi l'Arménie, la Géorgie (d'où la volonté d'intégrer ces deux pays à l'Union européenne), l'Azerbaïdjan (et éventuellement y
installer des bases de l'OTAN), voire même chercher à démembrer la Russie,
- tenter de restaurer l'hégémonie occidentale,
- maintenir un climat de
peur (en continuité avec le Covid 19) en désignant un ennemi fictif (la Russie), pour imposer un contrôle social,
pour
maintenir un système pathocratique au pouvoir, ou pour
imposer une
fédéralisation de
l'Union européenne que les peuples auraient refusée en temps normal,
- l'impossibilité d'assumer les mensonges
de l'Occident depuis la chute de l'URSS, l'impossibilité d'assumer la
défaite de l'Ukraine et de l'OTAN,
- un conflit de valeurs (wokisme
contre christianisme orthodoxe), tenter d'assimiler l'Europe au camp
du « bien », et la Russie au camp du « mal » (stratégie du bouc émissaire),
- éviter de s'occuper des réels
problèmes (dette, insécurité, narcotrafic...), tenter de relancer
l'économie par la guerre...
Les Etats-Unis s'accrochent à une volonté
de
prédation et
d'hégémonie, refusant l'évolution vers un monde multipolaire dont les
BRICS ne représentent qu'une modalité hétéroclite (l'Inde est aussi
membre de l'alliance militaire du QUAD avec les Etats-Unis, le Japon et
l'Australie) en opposition
à l'Occident, d'où l'utilisation de l'Ukraine contre
la Russie (membre des BRICS) pour affaiblir la Russie mais aussi
l'Europe, et la guerre commerciale contre la Chine (membre des BRICS).
Un autre pays des BRICS
est au coeur de la cible : l'Iran, pays stratégiquement
situé au coeur des routes commerciales, au
carrefour Est Ouest entre Chine et Turquie, et
Nord Sud
entre Russie et Inde. Qui plus est, l'Iran cristallise le conflit entre
exogamie poussée à l'extrême côté occidental, et
endogamie
poussée à l'extrême (théocratie islamique). Les Etats-Unis sont donc en
guerre contre les BRICS, mais aussi contre l'Union européenne, le Japon
et la Corée du Sud.
Que va-t-il se passer lorsque les peuples vont réaliser que l'Union
européenne s'est construite dans l'opacité en manipulant les opinions
publiques ? Des sanctions pénales contre les partis et leurs dirigeants
? Une révolte sociale ? Une guerre civile ? Ou bien une nouvelle guerre
sur le sol européen, une guerre instrumentalisée par les dirigeants
européens qui n'auraient comme seule préoccupation la préservation
d'intérêts privés ?
Au-delà, il y a deux questions centrales : l'élaboration d'une véritable démocratie et la grande transition vers la
troisième mutation.
Au lieu de continuer à se positionner comme les vassaux des Etats-Unis,
et de soutenir une politique qui a pour but de subventionner les
Etats-Unis au détriment des intérêts de la population européenne,
l'Europe a tout intérêt à s'émanciper, à se libérer d'une pathocratie, et à accompagner cette grande
transition.